Le coup d’état permanent

La démocratie représentative fait face à un détournement par une élite postnationale et autoproclamée sous la forme de «coups d’état» soft.

La démocratie représentative, l’idée simple et puissante qu’un gouvernement doit représenter la volonté de son peuple et que ce même gouvernement est redevable de ses actions envers la nation, fait face à une force grandiose de nos jours, c’est-à-dire son détournement par une élite postnationale et autoproclamée sous la forme de «coups d’état» soft misent en oeuvre pour tenter d’inverser les décisions démocratiques qui déplaisent à cette élite.

Le sulfureux Donald Trump, icône d’une révolte de l’hinterland américain contre les élites côtières américaines et maintenant l’objet d’une procédure de destitution aux motifs douteux, est un exemple probant du refus de cette élite de se laisser dicter par les masses quelle sera la direction du pays et du monde.

Il est pertinent de recadrer l’ascension de Trump et les forces qui s’y sont opposées. Dès les primaires républicaines de 2015 et lors de la campagne présidentielle de Trump en 2016, le candidat fut la cible d’une manipulation du discours l’entourant par les grands médias et les grandes entreprises technologiques comme Facebook et Google, dans l’objectif de le disqualifier ainsi que ses supporters.

Par la suite, le Deep State américain par le biais de l’enquête maintenant discréditée du FBI à propos d’allégations de collusion entre l’équipe de Donald Trump et les services de renseignement russe avait tenté d’invalider le résultat des élections présidentielles, quitte à n’avoir aucune preuve probante.

Il n’y a pas que Trump comme exemple récent. La décision du peuple britannique en faveur de quitter l’Union européenne en 2016, le refus par référendum de la constitution européenne en 2005 par les Français et les Hollandais, la «vague populiste» qui semble emporter plusieurs pays d’Europe, de l’Espagne et l’Italie à la Pologne, la résistance des peuples aux politiques d’immigration massive des dernières décennies et la préférence antimondialisation d’une partie significative de l’électorat américain et européen ne font tous que creuser davantage le fossé qui se trouve entre les peuples et ses dirigeants politiques, corporatifs, financiers et médiatiques.

Cette élite «mondialisée» qui préfère les grandes métropoles interchangeables aux terroirs est en conflit direct avec la plèbe, l’habitant, les masses, la populace. Peu importe le significatif qu’on y apporte, les peuples, surtout occidentaux, font face à une trahison, une « révolte des élites », comme disait Christopher Lasch déjà en au milieu des années 90, de la part d’une élite condescendante qui s’est assigné la tâche, le devoir, de pousser les peuples vers un futur postnational, sans frontières et sans différenciation. L’objectif étant de sortir les peuples occidentaux de l’histoire pour les transformer en une humanité postmoderne.

Cette confrontation qui s’est donc enclenchée entre ces deux groupes aux antipodes, soit les enracinés des périphéries urbaines contre les nouveaux nomades bourgeois des grandes villes. Cette faille définit déjà de façon significative les différences entre les partis et candidats politiques au sein de différents pays. Mais, comme le mouvement des gilets jaunes en France, le politique semble être dépassée par l’ampleur de la confrontation qui découle maintenant dans les rues.

La fracture semble consommée. La démocratie se désagrège de partout, en commençant par la le lien entre les peuples et ceux qui les dirigent.