Même si les fuites urinaires touchent plus de la moitié des femmes ménopausées et jusqu’à 10 % des hommes âgés, l’incontinence urinaire reste une réalité souvent passée sous silence. Bonne nouvelle: dans la majorité des cas, on peut en réduire les symptômes.
Beaucoup de personnes souffrent d'incontinence urinaire et, pourtant, elles ont l’impression d’être seules à vivre avec ce problème, allant jusqu’à limiter les sorties de peur d’avoir une fuite dans un lieu public.
Or, les statistiques ne mentent pas : « Chez les 60 ans et plus, 55 % des femmes en souffrent et de 20 % à 25 % d’entre elles présentent des symptômes sévères, indique Chantale Dumoulin, professeure titulaire à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM). J’aimerais leur dire : “Vous n’êtes pas seules !” »
« L’incontinence, c’est tabou d’en parler. Les femmes sont malheureuses, mais il y a des solutions. » — Janette Bertrand
Dans la majorité des cas, les pertes urinaires apparaissent en raison de l’affaiblissement des muscles du plancher pelvien. C’est ce qu’on appelle l’incontinence urinaire à l’effort, qui entraîne des fuites légères quand on rit, quand on éternue ou quand on saute. Les grossesses et les accouchements sont en cause, mais aussi les changements hormonaux liés à la ménopause et le vieillissement, entre autres facteurs
L’incontinence d’urgenturie, aussi appelée « vessie nerveuse », survient quand cet organe se contracte plus que la normale, causant une envie pressante. Cette condition occasionne des mictions fréquentes, de même qu'un besoin urgent d'uriner et quasi impossibles à contrôler pouvant mener à la vidange complète de la vessie.
Bon à savoir : l’incontinence peut être causée à la fois par l’affaiblissement des muscles du plancher pelvien et par une vessie nerveuse, ce qu’on appelle l’incontinence mixte.
Des solutions concrètes
La bonne nouvelle, c’est que ça se soigne. « Nous avons mené des études qui ont montré que de simples exercices du plancher pelvien sont efficaces pour 70 % des femmes âgées », affirme Chantale Dumoulin. Et d'autres options existent.
À la recherche d’un rendez-vous avec un physiothérapeute spécialisé ? Depuis quelques années, certains physiothérapeutes proposent, en plus des traitements individuels, des cours de groupe, voire des rencontres virtuelles. Une liste des physiothérapeutes formés en rééducation périnéale et pelvienne est accessible en ligne.
De son côté, la chercheuse lancera sous peu une application destinée aux femmes ménopausées souffrant des symptômes de l’incontinence urinaire. Comprenant un programme d’exercices de 12 semaines et des conseils basés sur les plus récentes données scientifiques, Oups ! pourra être téléchargée à l’automne 2026. « Notre objectif est d’améliorer l’accessibilité des soins », précise la professeure Dumoulin.
Vivre avec des pertes urinaires, c’est…
- Boire de moins en moins d’eau pour limiter les envies pressantes.
- Avoir une fuite chaque fois qu’on rit, qu’on tousse ou qu’on éternue.
- Craindre de ne pas se rendre à la toilette à temps.
- Ne plus faire d’exercice physique pour éviter les fuites d’urine.
- Éviter l’intimité par peur des odeurs.
Six moyens de réduire les symptômes
1. Exercices du plancher pelvien
Conçus pour renforcer les muscles qui s’étendent entre le pubis et le coccyx, les exercices du plancher pelvien sont très efficaces afin de réduire, voire prévenir, l’incontinence à l’effort. Selon Chantale Dumoulin, il s’agit de la première approche à tenter.
« Les exercices, c’est bon pour à peu près tout le monde et à tout âge, affirme-t-elle. En plus, il n’y a aucun effet secondaire. Oui, c’est possible que ça ne soit pas suffisant pour certaines. Si c’est le cas, on vous recommande de consulter votre médecin, car il existe des solutions complémentaires. » Télécharger le programme d’exercices.
2. Rééducation de la vessie
Si vous souffrez d’incontinence d’urgenturie, la rééducation de la vessie pourrait grandement vous aider, croit l’experte. Objectif : mieux contrôler les mictions fréquentes, espacer les visites à la toilette (même la nuit) et éviter les fuites.
Pour y arriver, le site web santefemmesvieillissement.ca propose une technique en six étapes pour calmer votre vessie quand un besoin urgent d'uriner surgit : s’arrêter, se détendre, contracter les muscles du plancher pelvien, se changer les idées, attendre que l’envie passe, se rendre aux toilettes sans se dépêcher. Tenir un journal urinaire peut également vous aider.
3. Changements des habitude de vie
Plusieurs petites actions au quotidien peuvent faire une grande différence. D’abord, tentez de réduire vos facteurs de risque : faites de l’activité physique modérée, buvez suffisamment, adoptez une alimentation saine, arrêtez de fumer et consultez un médecin en cas de toux chronique ou de constipation.
À noter que certains aliments et boissons (vin, café, thé, agrumes, mets épicés, saccharine) irritent la vessie et peuvent accentuer les symptômes d’incontinence d’urgence. « L’idée n’est pas de cesser complètement de les consommer, mais plutôt de les éviter en certaines occasions, par exemple le jour où vous assistez à un spectacle », explique Chantale Dumoulin.
4. Pessaire et chirurgie
Si un programme d’exercices de renforcement musculaire ne suffit pas à réduire vos symptômes d’incontinence à l’effort, l’utilisation d’un pessaire pourrait vous être conseillée. Ce dispositif médical intravaginal amovible supporte l’urètre pour empêcher les fuites. Dans les cas plus graves, une chirurgie pourrait aussi être envisagée.
5. Médicaments
Les fuites liées à l’incontinence d’urgence peuvent être réduites grâce à certains médicaments. Cela dit, leurs effets secondaires, comme la sécheresse buccale et oculaire, ne sont pas à prendre à la légère. À envisager avec un médecin si les solutions de première intention ne fonctionnent pas.
6. Injections de toxine botulique
Utilisées par certains médecins pour traiter les cas extrêmes de vessie hyperactive, les injections de toxine botulique peuvent aider à diminuer les envies pressantes que la rééducation n’a pas permis de corriger. Il s’agit toutefois d’un traitement controversé et coûteux (remboursé par la RAMQ ou les assurances privées dans certains cas).
Cet article fait partie d'une série de textes produits en marge du lancement du projet Chère Janette, une campagne menée avec la Fondation Institut de gériatrie de Montréal (FIGM).
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