Le Lac-Last Mountain est un refuge pour des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs chaque printemps


En mai, le refuge d’oiseaux migrateurs du Lac-Last Mountain, en Saskatchewan, sort de son sommeil hivernal. Les crocus des prairies, trapus et violets, apparaissent en grappes dans les prairies environnantes, signe timide du printemps. De minces tiges de graminées indigènes apparaissent à travers le sol. Les moucherons, ceux qui ne piquent pas, s’élèvent en nuées depuis le sol. Des papillons morios de couleur bordeaux, aux ailes bordées de jaune, ainsi que des vulcains, passent en coup de vent. Mais les visiteurs ne sont pas encore arrivés en grand nombre. Pour Jordan Rustad, coordinatrice de la conservation à Nature Saskatchewan à Regina : « Il n’y a habituellement que vous et les oiseaux. »
Tellement d’oiseaux. Le Lac-Last Mountain, un étroit plan d’eau dans un océan de prairies entre Regina et Saskatoon, est l’un des lieux de repos et de ravitaillement les plus importants de la planète pour les oiseaux migrateurs. Mme Rustad le décrit comme « un joyau caché dans les prairies ». Des centaines de milliers d’oiseaux, représentant environ 300 espèces, arrivent de tout l’hémisphère occidental chaque printemps. Plus d’un tiers de ces espèces, dont des cormorans à aigrettes, des goélands, des sternes et des pélicans, restent pour faire leur nid sur les îles du lac.



Comme ces oiseaux migrateurs n’ont qu’un mois ou deux pour s’accoupler, pondre leurs œufs, élever leurs petits et repartir, ils sont pressés au printemps, explique Mme Rustad. Mais ils ont encore le temps de chanter. Elle aime particulièrement le chant du bruant à gorge blanche : Où es-tu Frédéric, Frédéric?
La tradition orale crie raconte que le Grand Esprit a creusé le Lac-Last Mountain, également connu sous le nom de lac Long, pour créer les dernières collines près de ce qui est aujourd’hui le village de Duval, à quelques kilomètres à l’est. Pendant des générations, ce lac a été un lieu de rassemblement précieux pour les Cris et les Métis. Mais les spectaculaires rassemblements d’oiseaux aquatiques au printemps et à l’automne ont également attiré l’attention des premiers colons européens. En 1887, alors que la région était encore considérée comme faisant partie des Territoires du Nord-Ouest, son lieutenant-gouverneur, Edgar Dewdney, craignant que les oiseaux souffrent de l’implantation humaine, a persuadé le jeune gouvernement fédéral de mettre de côté environ 1 000 hectares pour éviter tout développement. Le Lac-Last Mountain est devenu le premier sanctuaire d’oiseaux d’Amérique du Nord et la première zone protégée du Canada.

Aujourd’hui, le sanctuaire – dont la conservation est assurée par Environnement et Changement climatique Canada par l’intermédiaire du Service canadien de la faune – s’étend sur près de 5 000 hectares, comprenant la partie nord du lac et une partie de la rive. Il chevauche la Réserve nationale de faune du Lac-Last Mountain et est également un site historique national.
Il est spécial parce qu’il se trouve au milieu d’une voie de migration centrale pour la sauvagine et les oiseaux migrateurs qui traversent les Grandes Plaines, explique Ryan Fisher, conservateur de la zoologie des vertébrés au Royal Saskatchewan Museum de Regina. « C’est une petite oasis dans un paysage plus vaste. »
De plus, elle n’est pratiquement pas perturbée par l’activité humaine.
« Vous pouvez voir des oiseaux dans leur habitat naturel, tous concentrés à certaines périodes de l’année, ce qui est vraiment, vraiment spécial », dit-il.
Parmi les migrateurs, on trouve la grue blanche, une espèce menacée à l’échelle mondiale, des oiseaux de rivage, des parulines, des canards qui cherchent leur nourriture dans la boue du lac et des canards qui plongent au fond de l’eau pour la trouver. L’émerveillement que lui a procuré la visite du sanctuaire lorsqu’il était enfant a contribué à inspirer le travail de toute une vie à M. Fisher. « Je me souviens qu’étant jeune, je me promenais en voiture dans la région et qu’un jour, j’ai vu des centaines de grues du Canada dans un champ, puis j’ai vu tous les oiseaux aquatiques. À l’automne, quand on se promène en voiture, on voit des centaines, voire des milliers de canards sur le lac. »

M. Fisher reste fasciné par la région. Il a effectué sa recherche de doctorat dans la réserve naturelle nationale qui jouxte le sanctuaire, en se concentrant sur le pipit de Sprague, une espèce menacée qui niche au sol. Le sifflement respiratoire de ce petit oiseau est une carte de visite pour les prairies.
À l’automne, au moment où les arbres commencent à perdre leurs feuilles, le sanctuaire reprend vie. Les oiseaux, en route vers le sud, ne sont pas aussi pressés. Ils y restent et leurs chants emplissent le ciel, explique Mme Rustad. Tôt le matin, les grues commencent à décoller des marais, lançant des appels au fur et à mesure qu’elles montent. Des volées d’oies des neiges cacardantes les suivent.
Comme au printemps, Mme Rustad capture et bague les oiseaux à l’Observatoire des oiseaux de Last Mountain, situé dans le parc régional à côté du sanctuaire. C’est un moyen de suivre leurs déplacements. La plupart sont petits, pesant moins qu’une pièce d’un dollar, et elle s’émerveille de les voir si frêles lorsqu’elle les tient dans ses mains.
Mais elle les laisse partir et ils reprennent leur grande migration, le rituel qui les maintient en vie et qui, au printemps prochain, les ramènera à nouveau au lac Last Mountain.
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada



